Vivre à deux ou pas ?
Ce coup ci, je vous parle un peu de moi, en toute transparence, parce que derrière la thérapeute passionnée par l'amour, il y a aussi une personne qui a son propre chemin d'exploration.

Ces derniers temps, j'observe beaucoup autour de moi les couples qui vivent ensemble depuis des dizaines d'années. J'ai moi-même vécu avec mon premier compagnon puis avec le père de mes enfants sans trop me poser de questions. On se rencontre, on s'aime ou on a un projet famille … et on s'installe ensemble.
Après la séparation d'avec le père de mes enfants, je me suis retrouvée seule avec eux. La question de la famille recomposée s'est posée avec mon compagnon de l'époque mais nous vivions à 800 km l'un de l'autre, chacun avec nos enfants. Vivre ensemble aurait impliqué de déplacer nos deux familles et, malgré l'amour qui nous unissait, nous n'en avions ni le courage ni la force. Nous avons donc choisi de nous séparer pour nous laisser la liberté de rencontrer quelqu'un avec qui construire un véritable quotidien. Car, pour moi, l'amour amoureux a besoin de s'inscrire dans la réalité de la vie de tous les jours, avec ses roses et ses épines, comme le disait Jean d'Ormesson. C'est dans ce quotidien partagé qu'il peut, à mes yeux, s'épanouir pleinement et en vérité.
Dans cet espace de liberté, j'ai rencontré un homme vivant à huit minutes de mon domicile. Nous nous sommes également fortement aimé mais lorsque la question de la vie commune s'est présentée, j'y ai vu trop de limites. On ne peut pas s'engager dans le quotidien s'en être conscient des besoins fondamentaux de chacun. Si nous sommes trop différents dans notre quête d'épanouissement, comment pourrions-nous nous harmoniser ensemble ? Cela a mis fin à notre relation.
Ma dernière relation ne me permettant toujours pas d'envisager un quotidien ensemble, s'est terminée... Maintenant, je m'interroge: est-ce si difficile de nos jours et proche de la cinquantaine de vouloir s'engager librement avec quelqu'un pour construire un foyer ?
Dans mon cabinet, je reçois des hommes et de femmes qui veulent encore aimer, mais en sont-ils toujours capables ? Ont-ils nettoyé leurs histoires passées ? Se connaissent-ils suffisamment pour pouvoir faire des choix en cœur et conscience ? Sont-ils ou elles suffisamment ouvert(e)s à l'autre et à la différence ?
Je n'ai pas envie de prendre pour modèle nos aïeux, qui étaient trop souvent, me semble-t-il, engagés dans une vie commune davantage par obligation, par tradition ou par convention que par amour. Je préfère imaginer un quotidien que l'on choisit de partager par et pour l'amour de l'autre. J'aime même croire que l'on peut tomber amoureux d'un quotidien. Car après le désir et l'attirance des premiers instants, aimer pour toujours n'est-il pas avant tout un choix que l'on renouvelle chaque jour ? Mais alors, comment choisir celle ou celui avec qui l'on aura envie de traverser, main dans la main, les roses comme les épines de la vie ?
Dans un monde qui nous encourage à penser « moi d'abord » comme une clé de l'épanouissement, sommes-nous encore prêts à aimer l'autre dans les bons comme dans les mauvais moments ?
Faut-il pour cela renoncer à nos idéaux et à nos rêves d'amour de conte de fées ? En dehors des situations extrêmes, l'autre n'est-il pas parfois aussi imparfait que nous le sommes ?
Sommes-nous prêts à regarder nos propres blessures plutôt que de pointer celles de l'autre ? À reconnaître ses fragilités et à continuer de l'aimer malgré elles ? Et sommes-nous capables, réciproquement, d'accueillir ses blessures tout en laissant l'autre prendre soin des nôtres ?
Voilà quelques questions qui me semblent essentielles pour trouver un équilibre entre notre besoin d'amour et notre désir de liberté.
Aurélie Dorel
Autrice et thérapeute spécialisée dans les mécanismes relationnels et l'enfant intérieur
Livre : Vers un amour véritable, Comprendre ses blessures affectives pour retrouver son équilibre énergétique et relationnel, Éditions Dangles








































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